Notre avis sur Justice est faite en livre audio
Un juge londonien de premier plan estime qu'un assassin est un homme comme les autres et que, quelle que soit l'atrocité de ses crimes, il faut toujours songer à le réinsérer. Ce postulat, posé d'emblée dans le vingtième tome, m'a immédiatement intriguée, parce qu'il place la morale au centre de l'enquête. Malheureusement pour le magistrat, quelqu'un n'est pas de cet avis et décide de mettre un terme définitif à sa carrière.
Noté 4,5 sur 226 avis, ce volume touche une corde plus grave que d'autres. Une lectrice résume magnifiquement son trouble : elle aurait presque voulu que Higgins ne trouve pas le coupable, tant le récit interroge un univers judiciaire où certains juges ne valent guère mieux que les criminels qu'ils condamnent. Une autre salue une intrigue déroutante, où l'on court de fausse piste en fausse piste avant d'atteindre la vérité par un chemin détourné.
Pourquoi écouter Justice est faite en livre audio ?
Ce qui rend ce tome passionnant à l'écoute, c'est le débat moral qui l'irrigue. La version audio donne une vraie épaisseur aux joutes sur la justice, le pardon et le châtiment, comme si l'on assistait à un procès dont on serait juré. La voix, mesurée, laisse résonner ces questions sans jamais trancher à notre place, et c'est précisément ce qui rend l'expérience prenante.
Ses 8 heures et 53 minutes offrent l'espace nécessaire pour explorer les zones grises, suivre les fausses pistes évoquées par les lecteurs et laisser mûrir le doute. C'est une durée qui invite à l'écoute réfléchie, sur plusieurs soirées, plutôt qu'à l'avalement gourmand. On y gagne le temps de se forger sa propre opinion sur la culpabilité, avant même que Higgins ne livre la sienne.
Ce que vous allez découvrir
La brutale disparition du magistrat risque de provoquer de sérieuses perturbations, et l'on se demande bien qui d'autre que l'inspecteur Higgins pourrait éteindre l'incendie. Sauf que découvrir l'auteur de cette disparition ne sera pas aussi simple que prévu : les mobiles se bousculent, tant l'homme s'était fait d'ennemis avec sa clémence jugée scandaleuse par certains.
Sous l'enquête, Jacq soulève une vraie question : jusqu'où doit aller la mansuétude envers le crime ? Le récit se garde de tout manichéisme, et j'ai apprécié qu'il laisse planer l'ambiguïté sur ceux qui rendent la justice. Je ne dévoilerai ni le coupable ni le chemin tortueux qui y mène, mais le dénouement, promis, ne vous laissera pas indifférent.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce tome s'adresse à celles et ceux qui aiment qu'un polar les fasse réfléchir, qu'il glisse une question de société sous l'énigme. Amateurs de dilemmes moraux, curieux des coulisses de la justice britannique, vous serez servis. Et si vous n'avez jamais suivi Higgins, cette affaire s'écoute très bien isolément, même si le premier tome demeure l'entrée la plus naturelle dans la série.
Je le réserverais aux moments où l'on a l'esprit disponible, une soirée au calme, un trajet solitaire, plutôt qu'à une écoute distraite. Car son plaisir tient autant à l'énigme qu'au trouble qu'il laisse derrière lui. Justice est faite porte bien son titre, avec ce petit vertige que procurent les vérités pas tout à fait confortables.