Notre avis sur Le rêve d'un drôle d'homme en livre audio
Quarante-quatre minutes, et pourtant j'ai refermé ce récit avec le sentiment d'avoir traversé toute une existence. Ce drôle d'homme qui ouvre la nouvelle en affirmant que plus rien ne compte, que tout lui est devenu parfaitement indifférent au point de garder un revolver dans son tiroir, m'a d'abord saisie par sa froideur tranquille. Et puis Dostoïevski fait ce qu'il sait faire mieux que personne: il fissure cette carapace. Une petite fille croisée un soir de pluie, une main tendue qu'il refuse, et déjà quelque chose se dérègle chez cet homme qui se croyait mort à l'intérieur.
Avec 5/5 sur 2 avis, on est sur un tout petit échantillon, mais cette unanimité ne me surprend pas une seconde. Mon parti pris est simple: ne jugez surtout pas ce texte à l'aune de sa brièveté. C'est justement parce qu'il fonce, parce qu'il ne s'attarde sur aucun décor, qu'il vous cueille aussi fort. On sort de ces quarante-quatre minutes avec une question plantée en pleine poitrine, de celles qui vous suivent jusqu'au réveil.
Pourquoi écouter Le rêve d'un drôle d'homme en livre audio ?
Ce récit est une confession, un homme seul qui se parle à lui-même et finit, sans prévenir, par s'adresser à nous. C'est exactement le genre de texte que l'audio sublime: il n'y a qu'une conscience, qu'une voix, aucune fioriture entre le narrateur et vous. Mathurin Voltz l'a compris et il incarne ce drôle d'homme avec une retenue qui m'a beaucoup plu. Il ne surjoue jamais le désespoir, il laisse la logique glacée du personnage faire son travail, puis il accompagne le vertige au moment où tout bascule.
La durée, quarante-quatre minutes, change franchement l'expérience. On peut tout écouter d'une seule traite, et je vous le conseille vivement: ce texte est pensé comme un unique souffle, une descente aux enfers intimes suivie d'une remontée lumineuse. Voltz épouse cette courbe sans jamais casser le rythme, si bien qu'on oublie de regarder l'heure. C'est court, oui, mais c'est un concentré, pas un aperçu.
Ce que vous allez découvrir
Vous allez suivre un homme qui a décidé d'en finir et qui attend simplement le bon soir. Ce refus opposé à une enfant en détresse va pourtant le hanter, et c'est dans le sommeil que tout se joue. Il rêve. Un rêve d'une netteté hallucinée qui l'emmène vers un monde sans faute, une humanité innocente qui ignore le mensonge, la douleur et la honte. Un paradis. Sauf que notre drôle d'homme y débarque avec, en lui, tout ce que les hommes savent faire.
Dostoïevski déploie là ses obsessions les plus tenaces: la culpabilité, la possibilité du rachat, cette idée qu'un seul être peut corrompre un monde ou, peut-être, le sauver. Je ne vous dirai pas ce que le narrateur décide en rouvrant les yeux, ni la mission qu'il se donne. Sachez seulement que ce petit conte fantastique cache une méditation vertigineuse sur ce que serait vivre autrement.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Si les pavés russes vous intimident, si Crime et Châtiment ou Les Frères Karamazov trônent dans votre bibliothèque sans que vous osiez les ouvrir, ce court récit est la porte d'entrée idéale. On y retrouve toute la puissance morale de Dostoïevski, condensée, accessible, sans le moindre besoin de connaître son œuvre au préalable.
Je le réserverais à une écoute du soir, seule, lampes baissées, quand l'esprit est disposé à se laisser remuer. C'est aussi une merveille pour une pause déjeuner un peu grise, ou un trajet où l'on a besoin de penser à autre chose que sa journée. Un texte à écouter, puis à laisser infuser longtemps.