Notre avis sur Guerre et Paix 4 en livre audio
Aborder ce quatrième mouvement de Guerre et Paix, c'est retrouver Napoléon en pleine déroute, la Grande Armée qui reflue dans la neige et ce mot qui claque encore aujourd'hui : la Bérézina. Tolstoï y déploie sa vision très personnelle de l'Histoire, où le stratège Koutousov ne fait qu'accompagner, patiemment, la décomposition de l'adversaire. Avec 3,7/5 sur 4 avis, ce volume divise un peu, et je comprends parfaitement pourquoi.
Un auditeur regrette ouvertement les longues digressions philosophiques dont Tolstoï ne se prive jamais dans cette partie, quand un autre célèbre au contraire un grand classique majestueux servi par une mise en son excellente. Mon avis penche franchement vers la nuance : oui, l'écrivain interrompt souvent le récit pour théoriser sur le sens de la guerre, et il faut accepter ces respirations méditatives pour goûter pleinement la grandeur du tableau qu'il compose.
Pourquoi écouter Guerre et Paix 4 en livre audio ?
C'est peut-être ici que l'audio sauve la mise pour les plus impatients. Éric Herson-Macarel possède une voix ample, grave, faite pour la prose russe, et il donne aux digressions elles-mêmes une tenue quasi symphonique. Là où l'oeil décroche parfois sur la page, l'oreille se laisse porter par ce phrasé, et même les développements théoriques de Tolstoï prennent une couleur presque incantatoire, comme récités au coin d'un feu.
Onze heures et vingt-six minutes rien que pour ce quatrième segment, c'est dire l'ampleur du monument. En audio, le fait de ne pas mesurer visuellement l'épaisseur des chapitres philosophiques rend paradoxalement l'exercice plus doux : on avance porté par la voix, sans se décourager. Un conseil d'amie tout de même, ne débutez pas Guerre et Paix par ce volet, il conclut la retraite de Russie et suppose d'avoir vécu tout ce qui précède.
Ce que vous allez découvrir
L'immensité de la steppe, l'orgueil et l'impréparation françaises précipitent la Grande Armée vers la catastrophe. Après plusieurs revers, les Français n'ont d'autre choix que d'abandonner Moscou et de se replier dans le plus grand désordre, harcelés par les partisans, talonnés par les troupes russes, et bientôt délaissés par leur propre empereur. Koutousov, lui, économise ses hommes et observe ce piteux spectacle en fin tacticien.
Au-delà des routes jonchées de morts et des prisonniers abandonnés, Tolstoï tisse sa grande réflexion sur le hasard, la volonté des peuples et la vanité des grands hommes. Je ne dévoilerai pas le sort réservé aux personnages qui nous accompagnent depuis le début, mais sachez que l'intime et l'historique continuent de s'entrelacer jusqu'au bout. C'est là toute la puissance vertigineuse de cette fresque hors du commun.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce volume s'adresse aux amoureux des grands classiques russes et à celles et ceux qui ont déjà entamé le voyage avec Pierre, André et Natacha dans les tomes précédents. Il faut aimer prendre son temps, accepter les méandres de la pensée tolstoïenne et se laisser happer par le souffle épique autant que par la méditation qui l'accompagne.
Je le réserve aux écoutes posées, au coin du feu ou lors de longs trajets solitaires, quand on peut vraiment s'immerger sans être happé par autre chose. Les amateurs de rythme haletant risquent de s'impatienter, ici le plaisir est celui de la contemplation. Mais pour qui accepte le pacte, la voix d'Éric Herson-Macarel transforme ce classique intimidant en une expérience étonnamment accessible.