Notre avis sur Le nouveau nom en livre audio
Le soir de son mariage, Lila comprend que Stefano l'a trahie : il s'est associé aux frères Solara, ces camorristes qu'elle hait depuis l'enfance. Cette scène d'ouverture m'a coupé le souffle, parce qu'elle transforme une robe de mariée en piège doré. Née pauvre, devenue riche en épousant l'épicier du quartier, Lila se retrouve mariée à un homme qu'elle méprise, contrainte de céder alors qu'elle refuse qu'il la touche. Elena Ferrante ne fait aucun cadeau à ses héroïnes, et ce deuxième tome de L'amie prodigieuse le prouve dès les premières pages. La note de 4,5/5 sur 5373 avis confirme l'attachement immense des auditeurs à cette fresque napolitaine.
Un avis m'a particulièrement touchée : cette auditrice qui, ayant adoré le premier tome, l'avait offert à son amie d'enfance, et qui décrit le bonheur de retrouver le soir ce livre comme on retrouve un ami. Difficile de mieux dire ce que provoque Ferrante. Mon parti pris : c'est souvent le tome préféré des lecteurs, celui où l'amitié entre Lila et Elena se fait la plus corrosive, la plus jalouse aussi. Le rangement en Romance est presque trompeur, tant il s'agit d'abord d'un roman sur deux femmes qui grandissent en s'aimant et se blessant.
Pourquoi écouter Le nouveau nom en livre audio ?
Marina Moncade porte ce texte avec une sensibilité qui épouse les humeurs de la narratrice, Elena. Elle sait murmurer la jalousie sourde, faire monter la colère de Lila, rendre la moiteur des étés napolitains. Les dialogues, si importants chez Ferrante, gagnent en vérité à l'oral : on entend le quartier, ses codes, ses non-dits. Cette voix féminine et intime crée une confidence, comme si Elena nous racontait sa jeunesse à nous seuls.
Avec 15 heures et 52 minutes, l'écoute épouse le tempo lent et ample du roman, ses étés qui s'étirent, ses années qui filent. La densité psychologique de Ferrante, ses phrases qui reviennent sans cesse sur les sentiments, se déguste mieux portée par une voix qui prend son temps. Là où la lecture silencieuse peut donner le vertige devant tant de personnages secondaires, Marina Moncade les incarne et nous tient la main. J'ai savouré cette lenteur assumée, celle d'une amitié qu'on regarde se déployer sur des années.
Ce que vous allez découvrir
Vous plongez dans le Naples des années soixante, entre la nouvelle épicerie où Lila travaille désormais et le magasin de chaussures Cerullo que Stefano ouvre en partenariat avec les Solara. Pendant que Lila se débat dans un mariage étouffant, Elena poursuit ses études, s'éloigne du quartier, et observe son amie avec un mélange d'admiration et de rivalité. Ferrante suit ces deux trajectoires qui divergent puis se rejoignent, sans jamais que je puisse deviner où elle m'emmenait. Je m'arrête là pour ne rien gâcher des bascules de ce tome.
Les thèmes sont d'une modernité saisissante : l'emprise masculine et la violence conjugale, la difficulté de s'extraire de sa condition, le pouvoir libérateur des études pour Elena, la beauté brute et destructrice de Lila. C'est un roman sur le désir de devenir quelqu'un, sur ce que coûte l'ascension sociale dans un milieu où la camorra fait la loi. L'amitié entre les deux femmes reste le fil incandescent, tissé de tendresse et de trahisons.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce roman s'adresse à celles et ceux qui aiment les grandes sagas romanesques, les portraits de femmes complexes, et les fresques sociales qui n'édulcorent rien. Si vous avez été conquis par le premier tome, vous retrouverez ici Lila et Elena plus adultes, plus âpres. Et si vous n'avez pas encore commencé L'amie prodigieuse, faites-vous le cadeau de reprendre au tome 1 : ce deuxième volume suppose qu'on connaisse déjà l'enfance des deux amies pour mesurer tout ce qui se joue.
Je l'imagine parfait pour les longues soirées d'hiver, les vacances où l'on peut s'abandonner à une histoire au long cours, ou ces trajets solitaires où l'on a envie d'une compagnie qui remue. Ce n'est pas une écoute légère qu'on lance distraitement : Ferrante demande un peu d'attention et vous le rend au centuple. Prévoyez des mouchoirs et un carnet, parce qu'on a souvent envie de noter une phrase.