Notre avis sur Celle qui fuit et celle qui reste en livre audio
Elena a fui son quartier napolitain pour l'École normale de Pise, elle fréquente désormais des universitaires et publie, tandis que Lila est restée, prisonnière d'une usine et d'une vie rugueuse: c'est ce grand écart entre les deux amies qui donne son titre à ce troisième tome, et qui m'a serré le cœur. Ferrante saisit comme personne cette amitié faite d'amour et de rivalité, où l'ascension de l'une renvoie sans cesse l'autre à ce qu'elle aurait pu être.
Avec 4,4/5 sur 5732 avis, ce volet confirme l'emprise de la saga sur ses lecteurs. Beaucoup relèvent, comme moi, à quel point l'intime devient ici politique: on y vit de l'intérieur ce que signifiait être une femme dans l'Italie bouillonnante de la fin des années soixante. Une lectrice résume tout en deux mots, « histoire prodigieuse », et franchement je n'ai pas mieux.
Pourquoi écouter Celle qui fuit et celle qui reste en livre audio ?
La prose de Ferrante est un flot dense, presque hypnotique, porté par la voix intérieure d'Elena qui analyse tout, jusqu'à ses propres bassesses. Ce type de narration à la première personne trouve dans l'audio son écrin idéal. Marina Moncade épouse ce phrasé introspectif avec une justesse qui m'a bluffée: elle ne surjoue jamais, elle laisse la lucidité mordante d'Elena affleurer, et l'italianité du récit vibrer sans caricature.
Sur 13 heures et 44 minutes, on s'installe dans une intimité longue durée avec ces deux femmes, et c'est précisément ce que l'audio offre de plus beau: le temps. On absorbe les colères de 1968, les discussions politiques, les silences entre Elena et Lila comme si on partageait leur cuisine. Moncade donne à chaque figure secondaire assez de relief pour qu'on ne se perde jamais dans la fresque napolitaine.
Ce que vous allez découvrir
Nous sommes à la fin des années soixante, 1968 gronde, les mouvements féministes et ouvriers s'organisent, et Elena, jeune diplômée entourée d'intellectuels, se retrouve au premier rang de ces bouleversements. Lila, elle, a choisi une route radicalement opposée, plus âpre, plus ancrée dans la lutte des classes. Une fois encore, les circonstances vont rapprocher puis éloigner les deux amies, dans ce mouvement de marée qui rythme toute la saga.
Ferrante mêle la grande Histoire aux batailles minuscules d'une vie de femme: le mariage, la maternité, l'écriture, le désir de compter. Sans rien révéler de la suite, je peux dire que ce tome cristallise la question qui hante Elena depuis l'enfance, celle de savoir qui, d'elle ou de Lila, mène vraiment sa vie. C'est d'une intelligence et d'une honnêteté rares.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce livre parlera à quiconque aime les fresques romanesques exigeantes, les portraits de femmes complexes et les récits où l'amitié n'a rien de lisse. Si vous vous intéressez à l'Italie, au féminisme naissant ou simplement aux amours contrariées entre deux êtres qui se ressemblent trop, vous serez comblé. C'est une écoute pour les longues soirées, celles où l'on veut se laisser porter loin.
Attention toutefois, il s'agit du troisième tome de L'amie prodigieuse: pour goûter pleinement au vertige de ces retrouvailles, commencez impérativement par le premier volume, sinon vous manquerez tout le poids de leur histoire commune. Pour celles et ceux qui suivent Elena et Lila depuis le début, ce chapitre est un sommet, à savourer sans se presser, une tasse de café à la main.