Notre avis sur Le Meurtre du Commandeur 2 en livre audio
Reprendre Le Meurtre du Commandeur 2 juste après le premier tome, c'est comme rouvrir une porte qu'on avait laissée entrebâillée sur l'étrange, avec cette petite excitation qu'on ressent quand on sait que Murakami ne va rien nous expliquer trop vite. Ce second volet plonge plus loin encore dans le vertige : une jeune fille a disparu, celle-là même dont le narrateur avait entrepris le portrait, une adolescente aux yeux décrits comme une flamme gelée. L'image, à elle seule, m'a hantée.
Avec 4,5/5 sur 770 avis, ce tome fédère un public bien plus large, preuve que l'envoûtement a pleinement pris. Les auditeurs y retrouvent la signature de l'auteur, cette manière de tisser le quotidien et le surnaturel jusqu'à ne plus savoir où passe la frontière. Mon parti pris : c'est un aboutissement, la partie où les fils tendus dans le tome initial commencent à vibrer, et où le Commandeur, enfin, prend toute sa place dans le récit.
Pourquoi écouter Le Meurtre du Commandeur 2 en livre audio ?
Christophe Brault retrouve ici le narrateur qu'il incarnait dans le premier tome, et cette continuité de voix est précieuse : elle prolonge sans rupture l'atmosphère hypnotique installée précédemment. Dans ce volet où surgit le Commandeur, cette figure énigmatique, le comédien doit jongler entre la banalité du réel et l'irruption du fantastique, et il le fait avec une retenue qui rend l'étrange d'autant plus troublant. Sa lecture ne force jamais, elle laisse le malaise s'installer tout seul.
Seize heures d'écoute, c'est une immersion au long cours qui convient parfaitement à la respiration de Murakami. On ne se presse pas : on accompagne le narrateur dans ses visites au vieux peintre Tomohiko Amada, désormais hospitalisé, on s'attarde sur les détails. L'audio épouse cette temporalité étirée mieux que la lecture pressée, et la durée, loin de peser, devient le luxe de vivre pleinement dans ce monde en suspens.
Ce que vous allez découvrir
Ce second tome resserre l'intrigue autour de la disparition de la jeune fille au regard de flamme gelée, une énigme qui pourrait bien être reliée au mystérieux Menshiki. Le narrateur rend visite à Tomohiko Amada dans sa chambre d'hôpital, et c'est là qu'apparaît le Commandeur, cette présence qui donne son titre au roman. Je n'en dirai pas davantage sur la nature de cette figure ni sur le dénouement, qui mérite d'être découvert sans être éventé.
Murakami pousse ici jusqu'au bout ses obsessions : le passage entre les mondes, le pouvoir des images et des œuvres, la quête d'un sens dans un réel qui se dérobe. La phrase d'ouverture, où le narrateur dit avancer dans un espace vide sans direction, donne le ton de ce volet où l'on marche au bord du vertige. C'est un roman d'initiation autant qu'une plongée dans l'inconscient, déroutant et magnétique.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce livre audio s'adresse évidemment à celles et ceux qui ont déjà écouté le premier tome : n'attaquez surtout pas par celui-ci, tout l'édifice repose sur ce qui précède. Pour les amateurs de Murakami et de littérature japonaise contemporaine, c'est un rendez-vous incontournable, la conclusion d'une odyssée qui aura demandé une trentaine d'heures d'écoute cumulées entre les deux volets.
Pour en profiter pleinement, réservez-lui des plages calmes plutôt que des écoutes hachées : l'étrangeté de Murakami a besoin de continuité pour opérer. Je le vois bien pour des soirées d'automne, des voyages en train, ces moments où l'on a envie de se laisser absorber par un univers plus grand que soi. Un final envoûtant, à condition d'accepter de ne pas tout comprendre, et d'aimer justement cela.