Notre avis sur Le Meurtre du Commandeur 1 en livre audio
Un peintre de portraits que sa femme vient de quitter s'installe seul dans une maison de montagne, ancienne demeure d'un artiste célèbre, Tomohiko Amada. Voilà le point de départ, presque banal, que Haruki Murakami choisit pour ce premier tome du Meurtre du Commandeur. Puis arrive la proposition d'un voisin fortuné, l'énigmatique Wataru Menshiki, qui veut absolument que le narrateur fasse son portrait. À partir de là, j'ai senti le sol se dérober tout doucement, sans que rien de spectaculaire ne se produise pourtant.
Présenté dans la lignée de 1Q84, ce roman somme se déploie en deux tomes, et celui-ci est le premier: gardez-le en tête si vous détestez rester sur une porte entrouverte. Mon parti pris ? C'est du Murakami à l'état pur, lent, sensoriel, hanté, où une cloche qui sonne dans la nuit ou un tableau caché au grenier pèsent plus lourd qu'un coup de théâtre. Il faut accepter de se laisser porter par cette étrangeté qui monte page après page, sans tout comprendre tout de suite.
Pourquoi écouter Le Meurtre du Commandeur 1 en livre audio ?
Quinze heures trente-neuf, c'est une immersion au long cours, et rarement une durée m'a paru aussi justifiée: Murakami prend son temps, décrit les gestes du peintre, le silence de la montagne, la lumière sur les toiles, et cette lenteur devient hypnotique en audio. Christophe Brault en épouse le tempo avec une voix calme et précise qui laisse infuser l'atmosphère au lieu de la brusquer.
L'audio sublime la dimension sensorielle de l'écriture: on entend le tintement nocturne qui obsède le narrateur, on ressent la texture du silence dans la maison isolée, on s'installe dans le quotidien méticuleux du peintre. Brault ne cherche jamais l'effet, il installe une présence, et c'est exactement ce dont ce roman a besoin. Sur près de seize heures, sa constance de ton évite la lassitude et entretient ce léger malaise fascinant qui est la marque de l'auteur.
Ce que vous allez découvrir
Tout tourne autour de ce narrateur en panne d'inspiration, de sa retraite dans la montagne et des mystères qui s'y accumulent: un tableau intitulé Le Meurtre du Commandeur découvert dans le grenier d'Amada, une clochette qui résonne la nuit près d'un vieux sanctuaire, et la figure trouble de Menshiki, ce voisin qui semble en savoir plus qu'il ne dit.
Sans rien déflorer de la suite, sachez que le réel et l'irréel se mettent à cohabiter avec la douceur inquiétante propre à Murakami, et que ce premier tome pose bien plus de questions qu'il n'en résout. Peinture, solitude, absence, désir: les obsessions de l'auteur affleurent, tissées dans une odyssée intérieure qui vaut autant pour son atmosphère que pour son intrigue. C'est un livre où l'on avance à tâtons, et c'est délicieux.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Cet audiobook est fait pour les auditeurs patients, ceux qui aiment les récits atmosphériques plus que les intrigues à cent à l'heure, et bien sûr pour les fidèles de Murakami qui retrouveront sa signature intacte. Si vous avez aimé Kafka sur le rivage ou 1Q84, vous êtes en terrain connu.
Je le réserverais aux longues plages d'écoute, un week-end pluvieux, de grands trajets, des soirées où l'on peut se laisser envelopper sans être interrompu à chaque instant. Prévoyez surtout le tome 2 dans la foulée, car ce premier volet installe le mystère bien plus qu'il ne le dénoue. Pour qui accepte de lâcher prise, c'est une parenthèse hors du temps, à savourer lentement, comme un thé qui infuse.