Notre avis sur Que ta volonté soit faite en livre audio
Jon Petersen. Retenez ce nom, parce que Maxime Chattam en fait l'un des personnages les plus glaçants qu'il m'ait été donné d'écouter. Carson Mills, cette bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots et ses maisons pimpantes, ressemble à un coin de paradis, sauf qu'un homme y grandit dont on nous dit que même le Diable en aurait peur. Cette promesse d'ouverture, j'ai eu besoin de vérifier si le roman la tenait. Il la tient.
Avec 4,2/5 sur 1888 avis, ce Chattam divise un peu plus que d'autres, et je crois comprendre pourquoi: sa noirceur est ici quasi métaphysique. L'auteur y pose une question qui le hante, celle du Mal comme invariant de la condition humaine ou comme généalogie singulière propre à chaque être. Ce n'est pas un thriller à énigme classique, c'est une plongée dans une fabrique du mal, et il faut accepter d'y descendre.
Pourquoi écouter Que ta volonté soit faite en livre audio ?
Antoine Tomé était le complice idéal pour ce texte. Sa voix grave, capable de basculer du récit tranquille au malaise sourd, épouse à merveille ce Midwest trompeusement paisible. Quand il incarne Jon Petersen, quelque chose se resserre dans le ton, et l'on comprend physiquement pourquoi les habitants baissent les yeux. Le narrateur ne surjoue pas l'horreur: il la laisse affleurer, ce qui la rend d'autant plus insupportable.
Les 8 heures et 57 minutes tiennent le format d'un roman qu'on n'a pas envie de lâcher, mais que l'audio rend presque plus soutenable, comme si la voix mettait une distance protectrice entre nous et la crudité des faits. Chattam aime les issues déconcertantes; entendre monter la logique implacable qui mène au dénouement, portée par le débit maîtrisé de Tomé, ajoute un vrai vertige à la lecture.
Ce que vous allez découvrir
Bienvenue à Carson Mills, donc, où tout le monde se connaît et où l'on croit vivre à l'abri. Le récit suit la trajectoire de Jon Petersen, cet être en qui l'humanité semble avoir concentré le pire, et remonte le fil de ce qui a pu forger un tel monstre. Chattam construit son roman comme une enquête sur les racines du Mal davantage que sur un simple crime à résoudre.
Ce que j'ai trouvé puissant, c'est ce refus de la facilité: pas de mode d'emploi rassurant, pas de méchant venu de nulle part. L'auteur nous oblige à regarder la lente sédimentation de la cruauté, dans une communauté qui préfère détourner le regard. L'issue est annoncée comme déconcertante, et je me garderai bien de la déflorer, mais sachez qu'elle rétroéclaire tout ce qui précède avec une cohérence redoutable.
À qui s'adresse ce livre audio ?
C'est un livre pour les amateurs de thrillers noirs qui cherchent autre chose qu'un divertissement, ceux que la question du Mal fascine et qui n'ont pas peur des zones d'ombre. Les fidèles de Chattam y reconnaîtront son thème de prédilection poussé à son paroxysme. En revanche, âmes sensibles s'abstenir: certaines scènes sont dures, et le propos n'offre aucun refuge facile.
Je ne le conseillerais pas en fond sonore léger ni pour s'endormir, vous l'aurez deviné. Réservez-le à des moments où vous êtes prêt à encaisser, casque sur les oreilles, de préférence de jour. C'est le genre d'écoute qui laisse songeur bien après le dernier chapitre, et qui donne envie d'en parler pour partager le poids. Un Chattam marquant, à aborder l'esprit solide.