Notre avis sur Monsieur Lecoq II en livre audio
Un saltimbanque brutal nommé Mai serait en réalité le Duc de Sairmeuse, héritier d'une des plus illustres familles de France: voilà l'hypothèse vertigineuse sur laquelle s'ouvre ce second tome de Monsieur Lecoq. Émile Gaboriau reprend son enquête là où le premier volume l'avait laissée en suspens, et j'ai savouré cette bascule où le fait divers sordide de « La Poivrière » se mue en secret dynastique. On sent le maître du roman judiciaire du XIXe siècle poser ses pièces avec une patience d'orfèvre.
Attention toutefois, et un auditeur le signale à juste titre: près des trois quarts de ce tome sont un vaste retour en arrière, si bien qu'il vaut mieux l'écouter peu après le premier sous peine de perdre le fil. C'est mon seul bémol, cette structure exigeante qui demande de la mémoire. Mais quel plaisir de voir Lecoq, épaulé par son mentor le Père Tabaret, remonter les origines du crime. Gaboriau prend son temps, et si vous aimez les enquêtes qui creusent, cette lenteur assumée devient un régal.
Pourquoi écouter Monsieur Lecoq II en livre audio ?
Le roman feuilleton du XIXe se prête merveilleusement à la lecture à voix haute, pour laquelle il fut d'ailleurs pensé. Loïc Richard, qui signait déjà le premier tome, connaît son Gaboriau: il déroule les longues phrases et les digressions historiques avec une clarté qui empêche de se perdre. Sa voix donne de l'épaisseur au flegme de Lecoq comme aux emportements du passé, et rend digeste une prose qui, lue, pourrait intimider.
Avec 17 heures et 9 minutes, on entre dans un vrai marathon, et c'est là que l'audio prend l'avantage. Ce format permet d'avaler ce pavé dans les transports, en marchant, en cuisinant, sans se laisser décourager par l'ampleur du volume. La continuité de la voix de Loïc Richard aide énormément à suivre le grand retour en arrière sur plusieurs séances: on retient les visages et les noms parce qu'une même intonation les incarne d'un bout à l'autre.
Ce que vous allez découvrir
Ce tome élucide ce que le précédent avait seulement soupçonné. Le Père Tabaret valide l'intuition de Lecoq, et l'enquête bascule dans l'Histoire: pour comprendre pourquoi un homme se cache derrière l'identité d'un forain, il faut remonter aux déchirures d'une grande famille française. Vous découvrirez les racines d'une vengeance, les secrets d'un lignage, tout ce que le meurtre de La Poivrière dissimulait vraiment.
Sous le vernis policier, Gaboriau tisse une fresque sur la Restauration, les rivalités de classe, l'honneur et la ruine des anciennes familles. Je ne dévoilerai pas si Lecoq parvient à faire éclater la vérité, mais l'intérêt tient à cette mécanique implacable où chaque révélation en appelle une autre. C'est du roman à énigme historique à l'ancienne, ambitieux et romanesque, qui a inspiré bien des auteurs venus après lui.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce livre audio est un régal pour les amateurs de classiques policiers et de romans feuilletons, ceux qui goûtent Balzac autant que les premières enquêtes déductives. Je le recommande à qui a déjà écouté le tome I, car ce second volet n'a de sens qu'en continuité: commencez impérativement par le premier volume, sans quoi le retour en arrière vous égarera.
C'est une écoute au long cours, parfaite pour les longues soirées d'hiver ou un trajet de vacances où l'on a le temps de s'immerger. Les amateurs de rythme effréné à l'américaine pourraient trouver la marche lente; les patients, eux, seront comblés. Offrez-vous les deux tomes à la suite: portée par la voix de Loïc Richard, l'enquête de Lecoq mérite qu'on lui consacre ses heures.