Notre avis sur Ma rencontre avec le mal : Michel Fourniret, Monique Ollivier en livre audio
Le 3 juillet 2004, dans le parc du château du Sautou, au milieu des fouilles qui viennent de livrer deux corps, Fourniret glisse au procureur cette phrase : personne ne sortira indemne de cette affaire, pas même vous. Francis Nachbar ouvre son témoignage sur ces mots, et je vous avoue qu'ils m'ont poursuivie longtemps après avoir refermé l'écoute. On n'a pas affaire à un récit racoleur sur un tueur en série, mais à la parole d'un magistrat qui a porté ce dossier hors norme et qui en garde, dix-huit ans plus tard, une écharde. Avec 4,5/5 sur 151 avis, le livre a manifestement touché juste.
Les auditeurs décrivent un ouvrage sincère et captivant de bout en bout, tout en prévenant que Nachbar ne recule devant aucun détail de l'horreur. L'un d'eux, qui a travaillé au contact des détenus, confie que ce témoignage a fait vaciller sa conviction que tout être humain conserve une part de bonté. Un autre insiste sur la dignité avec laquelle le procureur tient à nommer les victimes plutôt que le bourreau. Ce n'est pas une écoute confortable, et c'est précisément ce qui lui donne sa valeur.
Pourquoi écouter Ma rencontre avec le mal : Michel Fourniret, Monique Ollivier en livre audio ?
Soyons honnêtes d'entrée : ce titre est porté par une voix virtuelle, on est loin de l'interprétation d'un comédien de chair et d'os. Et pourtant, sur un texte aussi factuel, aussi arrimé au déroulé judiciaire, cette neutralité de ton finit par servir le propos. La voix ne surjoue pas l'effroi, ne cherche pas le frisson gratuit, elle laisse les faits et les dates faire leur travail glaçant. Face à une matière pareille, la sobriété vaut mieux que l'emphase.
Avec cinq heures et trente-huit minutes, l'écoute reste ramassée sur une seule affaire, sans digression ni remplissage. C'est un format qui convient à qui veut suivre le fil des fouilles du Sautou, des interrogatoires et du cheminement intérieur du procureur sans étaler l'expérience sur des semaines. On avance, on encaisse, on referme. Et l'audio ajoute ici une dimension particulière : entendre ce récit à voix haute rend la présence du mal plus concrète, presque physique.
Ce que vous allez découvrir
Francis Nachbar raconte de l'intérieur l'une des affaires criminelles les plus marquantes des dernières décennies, celle du couple formé par Michel Fourniret et Monique Ollivier. On le suit dans le parc du château du Sautou, dans les Ardennes, au moment des fouilles et de la découverte des corps, puis dans la mécanique judiciaire qui tente de poser des mots sur l'innommable. Le procureur ne se place jamais en héros : il partage ses doutes, sa fatigue, ses nuits difficiles.
Au delà du fait divers, c'est une véritable réflexion sur la nature du mal qui se déploie, sur ce que côtoyer un tel dossier fait à la conscience d'un homme de loi. La question traverse tout le récit : reste-t-il quelque chose d'humain chez de tels êtres, ou faut-il renoncer à cette idée rassurante ? Nachbar écrit avec la volonté farouche de ne jamais oublier les victimes et leurs proches, dont les noms restent gravés bien après la dernière minute.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Si vous êtes de ceux que le true crime attire pour comprendre plutôt que pour frissonner, ce témoignage est fait pour vous. Il parlera aux passionnés de récits judiciaires, aux lecteurs curieux du fonctionnement de la justice et à celles et ceux qui veulent une parole d'autorité, celle d'un procureur, plutôt qu'un montage sensationnaliste. Ceux qui ont suivi l'affaire Fourniret dans les médias y trouveront une profondeur et un point de vue qu'aucun reportage ne leur a offerts.
Je le déconseille en revanche aux âmes très sensibles ou à celles qui traversent une période fragile : Nachbar n'édulcore rien, et certaines pages restent en tête. Je le réserverais plutôt à une écoute de jour, dans le calme, quand on a l'esprit disponible pour encaisser. Ce n'est pas le compagnon d'un trajet léger, mais celui d'un moment où l'on accepte de regarder l'humanité en face, dans ce qu'elle a de plus sombre.