Notre avis sur L’Appel en livre audio
Silvia Labayru a vingt ans, elle est enceinte, et c’est sur une table de torture de l’ESMA, en plein Buenos Aires de décembre 1976, qu’elle mettra son enfant au monde. Voilà le point de départ glaçant de L’Appel, l’enquête que Leila Guerriero consacre à cette militante des montoneros devenue le « butin de guerre » d’un commandant de la dictature argentine. Avec 4,1/5 sur 16 avis, le livre divise nettement, et je comprends parfaitement les deux camps.
Un auditeur le trouve passionnant ; d’autres avouent s’être totalement perdus, parlant d’un témoignage décousu où l’on s’égare. Mon avis se loge entre les deux. Oui, le récit refuse la chronologie sage et avance par fragments, retours en arrière et voix qui parfois se contredisent. Je n’y vois pas une maladresse, mais la forme même qu’épouse une mémoire traumatique. Reste que je ne vous mentirai pas : il faut accepter d’être désorienté, sinon la frustration guette et l’écoute peut devenir éprouvante.
Pourquoi écouter L’Appel en livre audio ?
Porter à la voix un tel témoignage était un pari risqué, et Mayte Perea López s’en sort avec une justesse remarquable. Elle ne surjoue jamais l’horreur, elle laisse les faits déployer leur poids, ce qui rend certains passages encore plus difficiles à encaisser. Sa lecture sobre respecte la parole de Silvia Labayru sans jamais la trahir par un pathos de circonstance.
Quinze heures et dix-sept minutes, c’est un engagement, et je préfère vous prévenir : ce n’est pas une écoute qu’on abat en fond sonore. La durée épouse l’ampleur d’une vie brisée puis reconstruite, et l’audio a ici un mérite paradoxal, il vous oblige à avancer au rythme de la narratrice, sans pouvoir survoler les pages les plus dures comme on le ferait à l’écrit.
Ce que vous allez découvrir
Après l’ESMA, Silvia Labayru croit l’enfer derrière elle en s’envolant pour Madrid, deux ans plus tard. Un autre calvaire l’y attend : ses propres compatriotes exilés la bannissent, la soupçonnent, la traitent en traîtresse. C’est cette double peine, la torture puis le jugement des siens, que Leila Guerriero explore avec une méticulosité de journaliste. Le livre a d’ailleurs reçu le Prix du meilleur livre étranger en non-fiction 2025.
Au-delà du parcours de Silvia, L’Appel interroge la mémoire collective d’un pays, la façon dont on désigne les héros et les traîtres, et le prix payé par les survivantes. Guerriero croise les voix, confronte les versions, refuse les conclusions faciles. C’est un texte exigeant sur la dignité, la survie et le regard des autres, qui ne cherche jamais à vous rassurer.
À qui s’adresse ce livre audio ?
Ce livre audio est fait pour vous si vous aimez la non-fiction ambitieuse, les grandes enquêtes journalistiques et l’histoire de l’Amérique latine sous les dictatures. Les amateurs de récits qui bousculent, qui posent des questions morales sans y répondre à votre place, y trouveront une matière rare. En revanche, si vous cherchez un témoignage linéaire et apaisant, la construction éclatée risque de vous rebuter.
Je le réserverais aux moments où l’on peut écouter avec attention, au calme, plutôt qu’en multitâche : c’est un texte qui demande de la disponibilité intérieure. À doser aussi, tant certaines scènes sont dures. Mais pour qui accepte le voyage, la voix de Mayte Perea López et la rigueur de Leila Guerriero offrent une expérience marquante, de celles dont on ne ressort pas indemne.