Notre avis sur Un jour, ça finira mal en livre audio
Rares sont les ouvertures qui vous serrent la gorge aussi vite. Une notification BFM sur un téléphone, quelques mots qui accrochent l'œil, « batte de base-ball », et déjà l'horreur d'un féminicide fait irruption dans le quotidien du narrateur. Valentin Gendrot part de ce fait divers glaçant, le meurtre commis par Jérôme sur son épouse qui l'avait quitté, pour en faire bien plus qu'un récit de crime. Avec 4,3/5 sur 30 avis, ce document a trouvé un écho sérieux auprès des auditeurs.
Mon parti pris : c'est moins une enquête à sensation qu'une plongée dans les mécaniques d'une violence trop banalisée. Gendrot, fidèle à sa méthode d'immersion, refuse le voyeurisme et cherche à comprendre le comment et le pourquoi d'un drame que la société préfère souvent ranger dans la rubrique des faits divers. Un texte nécessaire, dur, qui ne cherche pas à consoler mais à ouvrir les yeux.
Pourquoi écouter Un jour, ça finira mal en livre audio ?
Quatre heures et cinquante-deux minutes, c'est un format ramassé, à la mesure d'un récit qui va droit au but sans jamais délayer. En audio, ce type de document journalistique gagne une intimité particulière : entendre les faits énoncés à voix haute, sans le filtre du papier, leur donne un poids presque physique, comme si on écoutait un reportage radio d'investigation.
La voix qui porte ce texte doit trouver le ton juste, ni détaché ni complaisant, et c'est exactement ce que réclame un sujet aussi sensible que le féminicide. L'écoute impose son rythme, elle nous empêche de sauter les passages difficiles comme on le ferait parfois à la lecture, et cette impossibilité de détourner le regard fait partie de la force du format. Les cinq heures passent vite, mais elles laissent une empreinte durable.
Ce que vous allez découvrir
Un jeudi de février, Jérôme a tué sa femme. Elle l'avait quitté et ne reviendrait pas. Il l'a attendue sur le palier de son nouvel appartement, une batte de base-ball dans les mains, puis a porté un second coup pour s'assurer de sa mort avant de l'enterrer dans une forêt, recouverte de chaux vive. Cinq semaines plus tard, le corps est retrouvé. Voilà le point de départ, brut, que Valentin Gendrot choisit de regarder en face.
À partir de là, l'auteur remonte les fils : le parcours des protagonistes, les signaux ignorés, la mécanique implacable d'une préméditation. Sans dévoiler l'aboutissement de son enquête, je peux dire que le livre interroge notre manière collective de traiter ces drames, entre indignation passagère et angles morts persistants. C'est un travail de journaliste qui refuse les raccourcis et donne à réfléchir bien au-delà d'un simple fait divers.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le recommande aux lecteurs de récits du réel, aux amateurs de journalisme d'immersion et à celles et ceux que la question des violences faites aux femmes ne laisse pas indifférents. Ce n'est pas une écoute confort, prévenez-vous : le sujet est frontal et certains passages sont difficiles. Mais c'est précisément cette honnêteté qui en fait un document marquant.
Pour le moment d'écoute, je conseille un temps où l'on peut être pleinement disponible, pas en fond sonore pendant une tâche légère, car le propos mérite l'attention. Un trajet solitaire, une soirée calme, un moment où l'on accepte d'être secoué. À la sortie, difficile de ne pas avoir envie d'en parler autour de soi, et c'est sans doute le plus bel effet que puisse viser un tel livre.