Notre avis sur Vieille peau en livre audio
Fiona Schmidt attaque son sujet par un paradoxe qui m'a immédiatement parlé, comment ose-t-on dire aux femmes que vieillir est merveilleux, quand on les met en garde contre la moindre ride et le premier cheveu blanc depuis leur adolescence ? Vieille peau ne tombe ni dans l'éloge béat de la vieillesse fantasmée ni dans les conseils culpabilisants pour bien vieillir. Elle prend le sujet à bras-le-corps, et ça décoiffe.
Noté 4,5/5 sur 110 avis, l'essai fait clairement mouche. Une auditrice le recommande dans la foulée de Lâchez-nous l'utérus, de la même autrice, tandis qu'une autre salue un texte saisissant de vérité qui dissèque large, l'âgisme, la ménopause, la déshumanisation des femmes passé un certain âge. J'ai retrouvé dans ces retours ma propre impression d'un livre qui met des mots sur un malaise diffus qu'on n'osait pas nommer.
Pourquoi écouter Vieille peau en livre audio ?
Cecilia Debergh porte ce texte avec une justesse qui évite deux écueils, ni militantisme braillard ni neutralité clinique. Sa lecture posée laisse respirer l'ironie de Fiona Schmidt, ses piques bien senties contre l'injonction au botox et au jeunisme, sans jamais forcer le trait. On sent une lectrice qui a compris le propos et le sert avec la complicité qu'il mérite, comme si elle nous partageait un constat qui la concerne aussi de près.
Six heures et trente-neuf minutes, c'est le temps qu'il faut pour explorer un sujet aussi ramifié sans le survoler. L'écoute permet de digérer les chiffres et les références féministes par petites doses, un chapitre lors d'une séance de ménage, un autre pendant un bain. Et il y a quelque chose de particulièrement fort à entendre ces vérités sur le vieillissement plutôt qu'à les lire, la voix nous force à ralentir et à vraiment recevoir le propos.
Ce que vous allez découvrir
Schmidt part d'un constat glaçant, passé quarante ans, les femmes disparaissent littéralement de nos imaginaires, de nos livres et de nos écrans. À partir de là, elle démonte pièce par pièce la mécanique de l'âgisme genré, cette double peine qui frappe les femmes plus tôt et plus durement que les hommes. Plutôt que de vanter une vieillesse idéalisée ou de fliquer les injections, elle refuse le faux choix qu'on nous impose entre déni et résignation.
L'essai avance en plusieurs parties qui abordent la ménopause, ce tabou tenace, le culte du bien vieillir et ses hypocrisies, ou encore la façon dont on efface les corps qui ne correspondent plus aux canons. Fiona Schmidt mêle son expérience personnelle à une analyse plus large, et c'est ce va-et-vient entre l'intime et le sociétal qui donne au propos sa force. On ressort avec un regard neuf sur des évidences qu'on avait fini par accepter.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le mets d'office entre les mains des femmes qui approchent de la quarantaine ou l'ont franchie et qui sentent monter cette angoisse diffuse du temps qui passe. Mais ce serait dommage de le réserver à elles seules, les plus jeunes y trouveront de quoi désamorcer très tôt les peurs qu'on leur inculque, et les habituées des essais féministes reconnaîtront la plume affûtée qui a fait le succès de Fiona Schmidt.
C'est le genre de titre que j'écoute quand j'ai envie qu'on me secoue un peu, pas qu'on me berce. Idéal seule, pour prendre le temps d'encaisser et de réfléchir, il peut aussi devenir le point de départ d'une discussion entre amies ou entre mère et fille. À réserver aux moments où l'esprit est disponible, ce n'est pas une écoute d'arrière-plan, c'est un texte qui demande, et mérite, qu'on lève un peu la tête.