Notre avis sur Mortes-eaux en livre audio
Deux pêcheurs de palourdes retrouvés noyés dans les débris de leur barque, le corps lardé de coups de couteau: l'ouverture de Mortes-eaux tranche d'emblée avec le raffinement habituel de la Sérénissime. Donna Leon emmène cette fois Brunetti loin des palais, dans une île soudée par un code de loyauté farouche, et cette plongée dans une Venise rugueuse, presque sicilienne, m'a immédiatement dépaysée.
Avec 4,4/5 sur 152 avis, ce dixième volet séduit les fidèles du commissaire. Un auditeur apprécie ces histoires qui tiennent en haleine sans violence excessive; un autre savoure toujours autant de visiter Venise aux côtés de Brunetti, une Venise victime de sa beauté, du tourisme et de la pollution, prise dans une corruption étouffante. Cette île murée dans le silence m'a paru l'un des décors les plus prenants de la série.
Pourquoi écouter Mortes-eaux en livre audio ?
Sur ces sept heures et demie, Renaud Bertin donne au récit une texture salée, iodée, très différente de la Venise des cartes postales. Sa voix rend palpable la méfiance des insulaires envers les étrangers, cette loi du silence qui fait de chaque question un mur. En audio, on ressent physiquement l'isolement de l'enquêteur, débarqué en terrain hostile où personne n'a envie de parler à la police.
Le vrai régal, c'est d'entendre s'incarner la signora Elettra, secrétaire habituellement rivée à son bureau, ici transformée en espionne. Envoyée séjourner sur l'île où elle a de la famille, elle apporte une fraîcheur et une audace que la narration met joliment en relief. Le format long laisse à ce personnage secondaire l'espace de briller, et donne à l'enquête un parfum d'infiltration qui change agréablement la donne.
Ce que vous allez découvrir
L'affaire confronte Brunetti à une communauté de pêcheurs unie par la loyauté et la défiance, où le meurtre de deux des leurs ne délie aucune langue. Pour contourner ce mutisme, il a l'idée d'envoyer discrètement Elettra jouer les enquêtrices sous couverture, en profitant de ses attaches locales. Deux fronts se dessinent alors: le sien, officiel et empêché, et celui d'Elettra, plus insidieux.
Donna Leon fait de cette île un microcosme où se lisent les fractures de l'Italie: entre-soi, omerta villageoise, méfiance de l'autorité lointaine. La pollution des eaux, le déclin d'un métier ancestral et la peur des étrangers y forment un décor social d'une belle épaisseur. L'enquête avance à petits pas, au rythme des confidences arrachées. Le fin mot, comme toujours, se mérite, et je le garde secret.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce titre parlera aux amateurs de polars atmosphériques et d'enquêtes ancrées dans un territoire, à ceux qui aiment qu'un crime révèle toute une société. Sa durée en fait une écoute idéale pour un long trajet ou plusieurs soirées, quand on a envie de s'immerger dans un lieu autant que dans une intrigue. Les habitués de Brunetti apprécieront de le voir déstabilisé loin de ses repères.
Dixième enquête du commissaire Brunetti, Mortes-eaux se comprend sans avoir lu les précédentes, l'affaire étant autonome. Un nouveau venu peut très bien embarquer avec cette histoire insulaire, puis remonter au premier tome pour découvrir la série depuis son origine vénitienne. Les lecteurs de longue date, eux, savoureront de voir la discrète Elettra passer enfin sur le devant de la scène.