Notre avis sur Love, theoretically en livre audio
Peu de romances osent démarrer sur une déclaration de haine aussi assumée que Love, theoretically : « Je te hais depuis l'âge de douze ans, plus que tu ne me hais, depuis plus longtemps et pour de meilleures raisons. » J'ai adoré cette entrée en matière, parce qu'elle annonce la couleur d'une Ali Hazelwood au sommet de son art des ennemis devenus amants : plus la détestation est théâtrale, plus la chute promet d'être savoureuse. Elsie et Jack se toisent, et déjà on sait que la glace va fondre.
Le titre récolte 4,6/5 sur 455 avis, et je comprends l'engouement. Hazelwood a bâti sa réputation sur ces héroïnes scientifiques qui manient les équations mieux que les sentiments, et Elsie s'inscrit dans cette lignée avec une nuance qui la rend attachante : elle passe son temps à devenir la femme que les autres attendent, jusqu'à ne plus savoir qui elle est vraiment. C'est cette faille intime, plus que la joute avec Jack, qui m'a tenue d'un bout à l'autre.
Pourquoi écouter Love, theoretically en livre audio ?
Tout le sel du roman tient à la voix intérieure d'Elsie, ce flot de pensées drôles, anxieuses et hyper lucides qui commente chaque situation. À l'écrit, c'est déjà réjouissant, mais Rachel Arditi lui donne un timbre qui fait mouche, capable de passer de l'ironie mordante au trouble à peine avoué en une phrase. Quand Elsie confesse qu'auprès de Jack elle est enfin elle-même, pour la première fois, Arditi trouve exactement ce mélange de panique et de soulagement qui rend la scène crédible.
Les 10 heures et 19 minutes se prêtent bien au grignotage par épisodes, un chapitre le matin, un autre le soir, parce que la structure alterne les faux rendez-vous et les vraies étincelles selon un rythme régulier. Le décor universitaire, les couloirs de labo, les colloques de physique théorique passent étonnamment bien à l'oral : on suit sans effort ce petit monde académique où Elsie loue ses services de fausse petite amie pour arrondir ses fins de mois, en attendant que Greg, son faux petit copain officiel, ne vienne tout compliquer.
Ce que vous allez découvrir
En apparence, Elsie sort avec Greg. En réalité, ce couple n'existe que pour la galerie, et c'est un arrangement bien rodé, jusqu'à ce que Jack, le frère de Greg, entre dans le cadre. Jack, ce physicien que la communauté déteste, celui-là même qu'Elsie prétend haïr depuis l'enfance. La mécanique du mensonge et du désir qui s'y invite est un terrain de jeu qu'Hazelwood connaît par coeur, et elle le déploie ici avec sa gourmandise habituelle.
Au-delà du marivaudage, le roman parle de la place des femmes dans les sciences dures, du syndrome de l'imposture et de cette fatigue d'avoir toujours à se rendre aimable. Elsie caméléon, qui devient ce que chacun attend d'elle, doit apprendre à cesser de plaire pour oser exister. Je ne vous dévoile pas comment se dénoue la joute avec Jack, mais l'évolution d'Elsie vers sa propre vérité est le vrai coeur battant de cette histoire, bien plus que le baiser qu'on attend.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Si vous avez aimé les précédents romans d'Ali Hazelwood ou si les héroïnes en blouse blanche vous font fondre, ce titre est une évidence. C'est une romance feel-good assumée, avec sa dose de piquant intellectuel et son humour de première personne, parfaite pour qui cherche du réconfort sans renoncer à un peu de mordant. Les amatrices d'ennemis devenus amants y trouveront leur compte de tension savamment entretenue.
Je le recommande pour les périodes où le moral a besoin d'un coup de pouce, un week-end pluvieux ou une convalescence, quand on veut sourire seule dans son casque. La voix de Rachel Arditi en fait une compagnie chaleureuse pour les trajets quotidiens, et comme il se savoure sans avoir lu les autres titres de l'autrice, nul besoin d'être une habituée pour se laisser embarquer par Elsie et son coeur de physicienne.