Notre avis sur Le Livre de ma mère en livre audio
C'est à Londres, engagé auprès de la France libre, qu'Albert Cohen apprend la mort de sa mère restée à Marseille en janvier 1943. Il ne pourra ni la revoir ni lui dire adieu: les Allemands ont envahi la zone libre quelques semaines plus tôt. De cette absence impossible naît un chant de deuil que je place parmi les plus bouleversants qu'un fils ait écrits pour sa mère. Ce n'est pas un récit d'événements, c'est une longue plainte d'amour et de remords, adressée à celle qui n'est plus là.
Noté 4,3/5 sur 934 avis, ce texte court divise un peu, sans doute parce qu'il faut accepter sa forme, ni roman ni essai, plutôt une méditation qui revient sans cesse sur les mêmes gestes: la mère qui attend, qui s'inquiète, qui aime sans mesure. Mon parti pris assumé: c'est un livre à recevoir dans un moment de disponibilité intérieure. Pris au bon instant, il vous serre le coeur; pris distraitement, il peut sembler répétitif. Cohen assume ce ressassement, car le deuil lui-même tourne en boucle.
Pourquoi écouter Le Livre de ma mère en livre audio ?
Trois heures trente-sept: c'est la durée d'une longue soirée, et je vous jure qu'on ne la vit pas comme une simple lecture. Gérard Desarthe prête à ce chant funèbre une voix grave, retenue, qui fait entendre le tremblement sous les mots sans jamais forcer le pathos. Sur un texte aussi habité par le remords filial, ce choix d'interprétation change tout.
L'écriture de Cohen est faite de longues phrases lyriques, d'invocations, de répétitions qui appellent la voix humaine plus que l'oeil: c'est un texte qui se dit, presque qui se psalmodie. Entendre Desarthe faire monter puis retomber ces vagues d'émotion, c'est saisir la musicalité que la lecture silencieuse laisse parfois échapper. Il y a des passages où sa diction seule suffit à faire venir les larmes, tant elle porte le poids de l'absence.
Ce que vous allez découvrir
Cohen convoque le souvenir de sa mère, femme simple et dévouée, ses habitudes, ses inquiétudes, l'amour absolu et un peu étouffant qu'elle lui vouait. Il tresse ce portrait à sa propre culpabilité de fils insuffisamment présent, insuffisamment reconnaissant, comme nous le sommes tous envers nos parents avant qu'il ne soit trop tard.
Au fil des pages, la douleur privée s'élargit en une méditation universelle sur la condition humaine, la fuite du temps et l'amour maternel. Le livre puise dans Un chant de mort, écrit dans l'urgence du chagrin, que Cohen reprendra dix ans plus tard pour lui donner sa forme définitive. Sans intrigue à préserver, c'est l'intensité de l'émotion, et non le suspense, qui vous tiendra jusqu'au bout.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce livre audio parlera d'abord à ceux qui ont perdu un parent, ou qui redoutent ce moment, et qui trouveront dans les mots de Cohen un écho à l'indicible. Il s'adresse aussi aux amoureux de la langue française, tant l'écriture est somptueuse, et à quiconque veut découvrir une autre facette de l'auteur de Belle du Seigneur.
Je le déconseille pour une écoute en fond sonore ou dans une période déjà lourde à porter: c'est un texte qui remue en profondeur. En revanche, dans un moment de recueillement, un soir seul, ou même comme accompagnement d'un deuil, il peut faire un bien immense, celui de se sentir moins seul dans le chagrin. À écouter le coeur ouvert, en s'autorisant à être ému.