Notre avis sur Le Dit d'Aka en livre audio
Il y a quelque chose de profondément troublant, dans Le Dit d'Aka, à voir une société décréter que ses propres contes sont des scories bonnes à brûler. C'est ce geste, l'éradication volontaire d'une mémoire collective, qui m'a saisie chez Ursula K. Le Guin. Avec 4,2 sur 5 pour 49 avis, l'accueil est plus mesuré que dithyrambique, et honnêtement, je comprends pourquoi.
Un auditeur salue la leçon d'humanité de Le Guin, cet humanisme qui traverse toute son œuvre, et je partage ce ressenti : rarement la science-fiction interroge aussi finement ce qu'on perd quand on efface le passé au nom du progrès. Un autre avis, plus réservé, trouve l'écriture plus ardue que dans Terremer, avec une structure parfois difficile à saisir. C'est vrai que le texte demande de l'attention, mais cette exigence fait aussi toute sa richesse.
Pourquoi écouter Le Dit d'Aka en livre audio ?
Écouter ce roman plutôt que le lire change subtilement le rapport au texte. Charlotte Campana adopte une diction posée, presque cérémonielle par moments, qui épouse la démarche de Sutty, cette Terrienne qui apprend patiemment à déchiffrer une culture interdite. Sa voix ralentit le rythme là où l'œil aurait tendance à glisser trop vite sur les passages contemplatifs.
Sur 7 heures et 16 minutes, format relativement ramassé pour de la science-fiction, l'audio a un avantage précieux : il oblige à laisser infuser les idées de Le Guin au lieu de sauter les passages plus denses. Là où un avis pointait une lecture ardue, l'oreille aide à tenir le fil, à sentir la musique d'une langue clandestine que Sutty tente de sauver de l'oubli. C'est un livre à écouter au calme, sans précipitation.
Ce que vous allez découvrir
Sutty est envoyée par l'Ekumen, la confédération galactique, sur Aka, une planète récemment contactée et bouleversée par cette rencontre. Là, une société furieusement scientiste s'emploie à rattraper son supposé retard en balayant contes, livres et croyances anciennes, jugés vecteurs de superstition par ses dirigeants.
Le sel du récit tient à ce que Sutty vient elle-même d'une Terre marquée par une violente réaction fondamentaliste : elle porte en elle les deux dangers, celui du dogme religieux et celui du dogme scientiste. Sans rien révéler de ce qu'elle finira par exhumer sur Aka, je dirai que le roman est une méditation lumineuse sur la parole, la mémoire et la liberté de raconter.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce titre s'adresse aux lecteurs de science-fiction qui aiment les idées autant que l'action, voire davantage. Si vous avez été marqué par le cycle de Terremer ou par La Main gauche de la nuit, vous retrouverez ici la Le Guin anthropologue, celle qui invente des mondes entiers pour mieux nous tendre un miroir.
Je le déconseille en revanche pour une écoute distraite entre deux tâches : ce n'est pas un page-turner, c'est un texte à savourer lentement, idéalement dans un moment de solitude où l'on accepte de réfléchir. Parfait pour les longues soirées d'hiver, ou pour qui recherche une science-fiction qui laisse une empreinte durable plutôt qu'une simple décharge d'adrénaline.