Notre avis sur Le Diable l'emporte en livre audio
Barjavel a ce don rare de transformer une apocalypse en fable métaphysique, et Le Diable l'emporte en est une démonstration flamboyante. Imaginez la Mort Blanche qui étend son linceul glacé sur la Terre, séquelle d'une ultime guerre mondiale, et une poignée de survivants terrés dans une Arche souterraine. Là, autour du dernier homme, les femmes se livrent bataille. Rien que ce postulat m'a happée: on est chez Barjavel, entre science-fiction, mythe et interrogation sur l'espèce.
Avec une note de 4,1 sur 5 sur 133 avis, ce roman divise un peu, et je comprends: il est plus étrange, plus ouvertement philosophique et allégorique que Ravage ou La Nuit des temps. Barjavel convoque Dieu et le diable comme deux joueurs se disputant le sort de l'humanité, et cette dimension théologique ne parle pas à tout le monde. Moi, j'ai été saisie par cette ambition, par ce mélange de désespoir glacé et d'élan vital, même si le récit demande de se laisser porter par son lyrisme.
Pourquoi écouter Le Diable l'emporte en livre audio ?
Sur sept heures quarante-six, l'écoute épouse magnifiquement la prose incantatoire de Barjavel. Il y a chez lui une musicalité, un souffle presque biblique, qui gagne à être porté par une voix: la lecture donne à ces phrases amples toute leur résonance, et le côté fable cosmique prend une ampleur qu'un lecteur pressé pourrait manquer sur la page.
François Hatt embrasse cette solennité sans jamais tomber dans l'emphase creuse. Sa diction pose le décor glacé de l'Arche, fait entendre la tension entre les survivants, et sert cette grande méditation sur l'amour comme nécessité de l'espèce, à la fois douce et terrifiante selon les mots mêmes du roman. Sur près de huit heures, il maintient cette gravité habitée qui convient à un texte où chaque choix engage rien de moins que l'avenir de l'humanité.
Ce que vous allez découvrir
Le récit se déploie dans un monde agonisant. La dernière guerre a réveillé la Mort Blanche, un froid mortel qui fige la planète, et l'humanité se réduit à ces réfugiés de l'Arche souterraine. Au cœur de ce huis clos glacé, une question brûlante: le dernier couple parviendra-t-il à sauver l'espèce? L'amour, cette douce et terrifiante nécessité, sera-t-il assez puissant pour offrir une chance à l'humanité?
Barjavel orchestre par-dessus tout cela un duel invisible entre le diable, qui ne veut pas perdre son divertissement préféré, et Dieu, jamais lassé de sa créature, prêt à rejouer la partie. Je ne vous dirai pas qui l'emporte, ce serait trahir tout le sel du titre, mais sachez que le roman brasse ses thèmes de prédilection: le progrès qui se retourne contre l'homme, la survie, le sacré, et cette foi têtue en l'amour comme dernier rempart.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Ce roman s'adresse d'abord aux amateurs de science-fiction française classique et aux curieux qui veulent explorer un Barjavel moins connu que ses grands succès. Si vous aimez quand l'anticipation se double d'une réflexion sur Dieu, le destin et la fragilité de l'espèce, vous serez servis. C'est une écoute que je réserverais aux moments de disponibilité, une soirée calme par exemple, car le texte demande de l'attention pour en goûter les vertiges.
Je le déconseille en revanche à qui cherche de la science-fiction d'action nerveuse et technologique: ici, tout est fable, symbole et lyrisme. Mais pour les lecteurs qui aiment que le genre pose les grandes questions, sur notre origine et notre fin, ce huis clos apocalyptique est une expérience marquante. Idéal aussi pour redécouvrir une plume patrimoniale, portée par une lecture à la hauteur de son ambition.