Notre avis sur La Troisième Vengeance de Robert Poutifard en livre audio
Un instituteur à la retraite qui rumine sa revanche contre des générations d'élèves de CM1, avouez que le point de départ a quelque chose de délicieusement mesquin. J'ai souri dès les premières minutes: Robert Poutifard n'est pas un vieux monsieur attendrissant, c'est un râleur qui a passé sa carrière à encaisser les chahuts et qui compte bien présenter l'addition à ces sales mômes. Cette méchanceté assumée, ce refus du gentil grand-père de service, voilà ce qui m'a happée. Jean-Claude Mourlevat ose un personnage franchement antipathique et le rend malgré tout irrésistible, et cette audace lui vaut un joli 4,7/5 sur 4 avis.
Un auditeur salue un texte original, taillé pour les ados et parfait à glisser dans tous les collèges, et je partage entièrement ce ressenti. Un autre retour, plus terre à terre, évoquait un souci de format mp3 sur un vieil autoradio, un détail purement technique qui ne dit rien de l'histoire mais rappelle qu'on emporte désormais ces récits partout, dans la cuisine comme sous la couette. Mon verdict tient en une phrase: c'est l'humour grinçant qui fait tout ici, et Mourlevat le dose avec la gourmandise d'un gamin qui prépare son plus mauvais coup.
Pourquoi écouter La Troisième Vengeance de Robert Poutifard en livre audio ?
La vengeance, dit le proverbe cher à Poutifard, est un plat qui se mange froid, et l'oralité rend cette lenteur savoureuse. Entendre une voix détailler ses plans tordus, ménager le silence avant la chute, prendre ce ton faussement innocent juste avant que tout ne dérape, cela multiplie le plaisir du texte. La lecture donne chair à la mauvaise foi du personnage, à ses justifications absurdes, à sa jubilation quand il croit enfin tenir sa proie.
Avec 3 heures et 7 minutes, on tient un format ramassé, idéal pour ne pas lâcher le fil de la mécanique comique. C'est assez court pour tenir un jeune auditeur en haleine sur un trajet un peu long ou sur deux ou trois soirées, et assez dense pour enchaîner les rebondissements sans temps mort. Cette concision sert le récit: la farce ne s'essouffle jamais, chaque coup monté relance aussitôt le suivant.
Ce que vous allez découvrir
Robert Poutifard a rangé sa blouse et ses feutres, mais pas ses rancunes. Après une vie entière passée devant des CM1 turbulents, il n'a qu'une obsession pour occuper sa retraite: faire payer, un par un, les élèves qui l'ont humilié. Le titre annonce une troisième vengeance, promesse d'une série de coups montés de plus en plus retors, de pièges élaborés avec le sérieux d'un stratège et l'imagination d'un vieux gamin.
Sans rien dévoiler du sort réservé à ses cibles, sachez que Mourlevat joue avec nos attentes: on ne sait jamais vraiment si Poutifard va réussir son mauvais coup ou se prendre les pieds dans son propre piège. Derrière la farce se glisse une question amusante et un brin vertigineuse, celle que pose la quatrième de couverture: et si le maître d'école détestait les enfants? Le récit avance à coups de situations atroces et cocasses, avec ce plaisir malicieux d'un texte qui n'a pas peur d'être un peu cruel.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le conseille sans hésiter aux préados et aux ados qui ont dépassé les histoires trop sages et qui adorent l'humour noir léger, celui qui fait rire des méchancetés sans jamais devenir glauque. Les enseignants et les documentalistes y trouveront un texte malin à faire découvrir en classe ou au CDI, tant il joue avec malice sur la relation maître-élève vue depuis l'autre côté du bureau.
Côté moments d'écoute, il fonctionne à merveille sur un trajet en voiture en famille, quand tout le monde peut ricaner ensemble des plans de Poutifard, ou en fin de journée pour un jeune lecteur qui préfère écouter que lire. Les adultes nostalgiques de leurs propres années d'école y retrouveront un plaisir coupable: celui de prendre, l'espace de trois heures, le parti du grincheux plutôt que celui des enfants.