Notre avis sur La part de l'autre en livre audio
Il y a des minutes qui ne durent qu'une minute et décident pourtant d'un siècle. Toute La part de l'autre repose sur cette bascule vertigineuse, et rares sont les romans qui m'ont autant poursuivie après l'écoute. Tout part du 8 octobre 1908, quand le jury des Beaux-Arts de Vienne recale un certain Adolf Hitler. Éric-Emmanuel Schmitt ose alors demander tout haut ce qui aurait changé si l'on avait dit oui. Avec 4,5/5 sur 1695 avis, le pari a manifestement marqué les auditeurs.
Une lectrice confie que c'est son roman favori depuis ses vingt ans, et je comprends cette fidélité tenace. Un autre salue le courage presque tabou de l'exercice, cette façon dont la figure de Hitler s'insinue jusque dans les peurs de l'auteur. Un troisième nuance, loue l'écriture mais avoue que le sujet reste lourd à porter. Mon parti pris, c'est que ce malaise fait partie du projet, et qu'il ne faut surtout pas chercher à le fuir.
Pourquoi écouter La part de l'autre en livre audio ?
Ce titre a une singularité qui rend le format audio presque indispensable. L'édition se prolonge par le journal d'écriture, lu par Éric-Emmanuel Schmitt en personne. Entendre l'auteur raconter comment ce livre l'a hanté, ses doutes, ses cauchemars, juste après les seize heures de récit, transforme la fiction en confession. On glisse du romanesque à l'intime sans la moindre couture, et c'est un privilège que la page imprimée n'offre pas de cette manière.
Les 16 heures et 22 minutes n'ont rien d'intimidant, car ce sont deux vies entières que l'on suit en parallèle, celle du dictateur et celle de son double apaisé. Le temps long de l'audio épouse à merveille cette construction en miroir. On s'installe dans chaque époque, on laisse les deux destins se répondre chapitre après chapitre. L'écoute continue, sur plusieurs jours, accentue encore ce vertige de la bifurcation qui tourne en boucle.
Ce que vous allez découvrir
Le roman avance sur deux rails. D'un côté, le vrai Hitler, recalé, humilié, dont on suit la lente dérive vers la rancune et la mégalomanie. De l'autre, un Adolf H. imaginaire, reçu à l'école, devenu peintre, amoureux et faillible, un homme ordinaire que la reconnaissance a presque adouci. Schmitt tresse ces deux fils avec une précision d'horloger, et le frisson naît du contraste permanent entre ce qui fut et ce qui aurait pu advenir.
Ce qui me touche, c'est que le livre n'excuse jamais rien, il interroge. Il met en jeu le libre arbitre, le poids des circonstances, cette part de l'autre que chacun porte en soi sans le savoir. Sans rien dévoiler de la façon dont les deux trajectoires se croisent ou s'écartent, je peux vous assurer que la dernière ligne droite serre la gorge. On en sort avec une conscience aiguë de la fragilité des destins.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le conseille d'abord aux fidèles de Schmitt, qui retrouveront sa manière d'habiller les grandes questions morales d'un romanesque limpide, mais aussi à quiconque se passionne pour les points de bascule de l'Histoire. Si vous aimez les uchronies exigeantes, celles qui fouillent l'humain plutôt que de se contenter d'un décor alternatif, vous êtes à la bonne adresse.
Côté moment d'écoute, je recommande des plages longues et calmes, une fin de journée, un trajet solitaire, plutôt qu'une écoute morcelée entre deux distractions. Ce roman réclame de l'espace, il faut accepter sa gravité. Ce n'est pas un titre de pure détente, c'est un compagnon qui vous suit longtemps après le dernier chapitre, comme cette auditrice fidèle depuis ses vingt ans le racontait.