Notre avis sur Friends, mes amours et cette chose terrible en livre audio
Rares sont les mémoires qui vous cueillent dès leur première phrase, mais quand Matthew Perry annonce qu'il devrait être mort, on comprend d'emblée qu'on n'aura pas droit à la version lissée des coulisses de Friends. J'ai abordé ce témoignage avec la tendresse qu'on garde pour Chandler, ce personnage qui nous a tant fait rire, et j'en suis ressortie remuée par l'homme qui se cachait derrière les vannes. C'est un livre courageux, souvent drôle, et parfois d'une lucidité qui serre franchement la gorge.
Avec 4,7/5 sur 1 727 avis, ce récit touche visiblement bien au-delà des seuls fans de la série. Beaucoup d'auditeurs le trouvent profondément émouvant, certains soulignent une écoute qui file à toute allure tant on veut savoir comment Matthew s'en est sorti. Je partage ce ressenti: derrière l'humour de façade, Perry raconte sa dépendance avec une honnêteté brute, sans jamais chercher ni l'excuse ni la médaille. On rit, on grimace, et on finit par admirer le simple fait qu'il ait tenu la plume.
Pourquoi écouter Friends, mes amours et cette chose terrible en livre audio ?
Confier ce texte à Emmanuel Curtil était un choix inspiré, tant sa voix épouse le mélange de dérision et de vulnérabilité qui fait la signature de Matthew Perry. Il restitue le timing comique des punchlines, ce phrasé qui bascule d'une pirouette à un aveu bouleversant en une fraction de seconde. Surtout, il ne joue pas la souffrance, il la laisse transparaître avec pudeur, et c'est justement cette retenue qui rend les passages sur l'hôpital et les rechutes si difficiles à écouter sans une boule au ventre.
Sept heures et trente-six minutes, c'est un format resserré qui colle au tempo nerveux de la confession. On ne s'égare jamais: Perry avance par salves, alterne l'anecdote hilarante de plateau et le récit clinique de ses cures, et cette durée maîtrisée évite que le catalogue des rechutes ne devienne pesant. À l'oreille, l'intimité du monologue prend tout son sens, on a l'impression que l'acteur s'assoit en face de nous pour vider son sac une bonne fois, entre deux éclats de rire nerveux.
Ce que vous allez découvrir
Vous allez suivre le parcours d'un petit garçon de cinq ans ballotté entre Montréal et Los Angeles, entre des parents séparés, jusqu'à la gloire planétaire que lui offre le rôle de Chandler Bing. Mais l'essentiel du récit se joue ailleurs, dans cette chose terrible du titre: l'addiction à l'alcool et aux médicaments qui l'a accompagné durant l'apogée même de sa célébrité. Matthew Perry raconte les tournages où il jouait ivre, les fortunes englouties en cures et le grave problème de santé qui l'a mené aux portes de la mort.
Ce qui m'a le plus touchée, c'est la manière dont Perry relie le succès et le vide, la reconnaissance mondiale et ce sentiment persistant de ne jamais être aimé pour de bon. Il évoque ses histoires de cœur, ses ambitions de jeunesse, son rapport ambivalent à la gloire, sans jamais céder au règlement de comptes. Je ne dévoilerai pas où en est l'acteur au terme de son récit, mais ce livre se lit comme une main tendue à quiconque connaît, de près ou de loin, le combat contre ses propres démons.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Les fans de Friends se jetteront dessus les yeux fermés, et ils auront raison, mais ce serait réduire ce témoignage que de le cantonner à eux. Il s'adresse à quiconque s'intéresse aux mécaniques de l'addiction et de la reconstruction, racontées de l'intérieur par quelqu'un qui ne s'épargne rien. Ceux qui aiment les mémoires d'artistes sincères, qui préfèrent la vérité crue au portrait flatteur, trouveront ici l'un des plus francs qu'il m'ait été donné d'écouter ces dernières années.
Vu son format bref et son intensité, je le réserverais à des écoutes où l'on peut lui accorder un peu d'attention, pas à un simple fond sonore de ménage. C'est le genre de récit qui invite à s'arrêter, à repenser à un proche, à mesurer sa chance. Et pour les nostalgiques de la bande de Central Perk, entendre l'histoire vraie derrière les rires enregistrés donne à chaque rediffusion une saveur nouvelle, plus douce et plus grave à la fois.