Notre avis sur Enfance en livre audio
« Je suis incapable de faire mon autobiographie », lance Nathalie Sarraute en 1979, et pourtant elle nous tend Enfance, ce texte étrange où elle dialogue avec son propre double. C'est cette voix intérieure qui conteste, qui doute, qui refuse la jolie phrase toute faite, qui m'a happée. On n'écoute pas des souvenirs lissés, on assiste à leur naissance, fragile, remise en cause à chaque instant.
Avec une note de 4,4/5 sur 1 117 avis, le texte confirme son statut de classique du Nouveau Roman, souvent inscrit au programme du lycée. Certains auditeurs le redécouvrent des années après, d'autres l'abordent par obligation scolaire et s'y attachent malgré eux. Une enfance tourmentée, ballottée entre un père et une mère qui se la disputent, restituée avec une lucidité qui ne s'apitoie jamais.
Pourquoi écouter Enfance en livre audio ?
Ce dialogue avec le double appelait presque le livre audio. Béatrice Agenin prête sa voix au double moqueur et sans complaisance, tandis que Francine Bergé incarne Sarraute dans l'évocation amère et pourtant charmeuse de son enfance. Deux voix qui s'opposent et se répondent : l'écriture prend un relief que la page seule ne donne pas, et le jeu de miroirs devient audible.
En 3 heures et 45 minutes, l'écoute épouse le mouvement par vagues du texte, ces bribes qui remontent entre Paris, Ivanovo, la Suisse et Saint-Pétersbourg. Rien ne se précipite. On se laisse porter d'une scène à l'autre, et cette durée mesurée rend l'ensemble étonnamment accessible pour une œuvre réputée exigeante.
Ce que vous allez découvrir
On suit la petite Natacha Tcherniak, ballottée entre les langues et les villes, entre un père russe et une mère qui la confie, la reprend, la blesse parfois sans le vouloir. Ce ne sont pas de grands événements mais des micro-secousses : une phrase entendue, un objet, une sensation d'enfant qui pèse pour toujours.
Sarraute traque ce qu'elle nomme les tropismes, ces mouvements infimes du sentiment, avant même qu'ils ne deviennent des mots. Le livre se fait alors enquête sur la mémoire elle-même : que reste-t-il vraiment, et qu'inventons-nous en croyant nous souvenir ? C'est vertigineux et intime à la fois, et je vous laisse en éprouver le trouble.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le conseille aux amoureux de belle langue, aux curieux du Nouveau Roman, et à tous ceux qu'une autobiographie classique ennuie : ici, la forme fait l'aventure. Les lycéens au programme gagneront à entendre le texte plutôt qu'à le déchiffrer, car les deux voix éclairent le sens.
C'est une écoute pour un moment de calme, un trajet en train, une soirée sans écran, quand on a envie de se laisser troubler plutôt que divertir. À réserver aux instants où l'on peut vraiment tendre l'oreille : chaque nuance compte, et ce serait dommage d'en perdre une seule.