Notre avis sur Dans la toile du temps 1 en livre audio
Certaines science-fictions vous racontent une aventure, d'autres vous font sentir le vertige du temps qui passe à l'échelle des espèces. Adrian Tchaikovsky appartient clairement à la seconde catégorie, et ce premier volet, couronné par le Prix Arthur C. Clarke 2016, m'a rappelé pourquoi j'aime tant la SF ambitieuse. On y suit deux trajectoires en parallèle, celle des derniers humains fuyant une Terre agonisante, et celle de cette « autre espèce » qui prospère là où on ne l'attendait pas.
Mon parti pris : c'est de la SF patiente, une fresque évolutive qui demande qu'on lui laisse le temps de dérouler ses siècles. Le concept vertigineux d'une civilisation qui grandit génération après génération sur le Monde de Kern m'a fascinée bien plus que n'importe quelle course-poursuite spatiale. Ce n'est pas un récit d'action immédiate, c'est une méditation sur ce que veut dire s'adapter, survivre et cohabiter.
Pourquoi écouter Dans la toile du temps 1 en livre audio ?
Emmanuel Lemire prend en charge une matière dense, avec ses sauts temporels et ses deux fils narratifs qui se répondent d'un chapitre à l'autre. Sa lecture fluide aide à ne pas se perdre dans une architecture qui pourrait, à l'écrit, sembler intimidante. Il donne une voix distincte au monde humain et à ce monde « vert » où une autre forme de vie tisse patiemment sa civilisation, ce qui rend la bascule d'un point de vue à l'autre parfaitement lisible.
17 heures et 49 minutes, c'est une véritable épopée sonore, et c'est tant mieux : la lente montée en puissance de Tchaikovsky se prête admirablement à l'écoute au long cours. Je l'ai savourée par tranches, sur plusieurs semaines de marche et de trajets, en laissant infuser entre deux sessions cette impression de regarder une espèce entière franchir des millénaires.
Ce que vous allez découvrir
La Terre est au plus mal, et ses derniers habitants misent tout sur la colonisation du Monde de Kern, une planète terraformée pour l'humanité. Sauf que rien ne s'est passé comme prévu : aidée d'un nanovirus, une autre espèce que celle attendue s'est parfaitement acclimatée à ce paradis vert, et n'a aucune intention de céder sa place. Le récit met en marche le choc de deux civilisations aussi éloignées que possible.
Sans rien révéler de la suite, Tchaikovsky y explore l'évolution, l'altérité radicale et l'impossible communication entre des intelligences que tout sépare. C'est le premier tome d'un vaste ensemble : il pose les fondations d'une histoire qui pense à l'échelle des ères, pas des saisons.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Voilà un titre taillé pour les amateurs de hard SF et de space opera au long cours, ceux qui préfèrent les idées vertigineuses aux batailles laser. Si vous avez aimé les grandes fresques qui prennent la mesure du temps cosmique, vous êtes au bon endroit. Les lecteurs pressés, en revanche, pourraient trouver le rythme trop contemplatif à leur goût.
Pour les moments d'écoute, je le réserve aux longs trajets, aux voyages en train ou aux semaines où l'on peut s'installer dans une histoire et y revenir sans se presser. C'est le genre de récit qui récompense la constance, et qui vous laisse, une fois refermé, avec des questions qui trottent longtemps.