Notre avis sur Caledonian Road en livre audio
Campbell Flynn a tout réussi : historien d'art couronné pour sa biographie de Vermeer, marié à une cousine de la famille royale, il croit avoir laissé loin derrière lui le Glasgow populaire de son enfance. « Caledonian Road » raconte l'année où cet édifice se lézarde, et j'ai rarement vu une chute aussi méthodiquement orchestrée. Noté 4/5 sur 29 avis, ce pavé londonien vaut qu'on prenne son temps pour Bertrand Pazos, qui le porte de bout en bout.
Mon parti pris est net : c'est une fresque ambitieuse qui embrasse tout le Londres de 2021, et cette démesure fait à la fois sa richesse et son défi. Andrew O'Hagan multiplie les personnages, oligarques russes, jeunes rappeurs, travailleurs clandestins, pontes de la mode, et il faut accepter de se laisser porter par ce foisonnement. Les amoureux des grands romans choraux à l'anglaise seront comblés, les autres devront s'accrocher un peu.
Pourquoi écouter Caledonian Road en livre audio ?
Vingt-deux heures et trente minutes, autant l'annoncer : « Caledonian Road » est un vrai engagement, et c'est justement l'audio qui rend ce marathon confortable. Bertrand Pazos abat un travail remarquable pour orchestrer une distribution aussi vaste, en donnant à chaque milieu social sa couleur vocale, du salon huppé à la rue. Sa lecture posée aide grandement à ne pas se perdre dans l'immense galerie de personnages.
Ce genre de roman panoramique, où les trajectoires se croisent sur une année entière, gagne à être écouté sur la durée, quelques chapitres chaque soir, pour laisser les fils se nouer. J'ai aimé que Pazos ne cherche jamais à accélérer artificiellement : il épouse le rythme ample d'O'Hagan et laisse respirer les scènes de dialogue, souvent mordantes. Ici, la longueur devient un luxe plutôt qu'un obstacle.
Ce que vous allez découvrir
On suit Campbell Flynn sur douze mois vertigineux, entre ses ambitions intellectuelles, ses fréquentations mondaines et une relation trouble avec un étudiant brillant. Deux « erreurs fatales » vont enclencher sa dégringolade, mais je vous laisse découvrir lesquelles. Autour de lui gravite un Londres électrique où se frôlent l'argent sale, l'art, la politique et la précarité, comme autant de mondes qui s'ignorent superbement.
O'Hagan ausculte les fractures de la société britannique contemporaine : privilège hérité, corruption feutrée, réseaux sociaux, immigration clandestine, jeunesse en colère. C'est un roman sur l'aveuglement des puissants face à un monde qui bascule sous leurs pieds. Sous le vernis satirique, il y a une vraie mélancolie, celle d'un homme qui n'a pas vu venir sa propre chute.
À qui s'adresse ce livre audio ?
Je le conseille aux amoureux des grands romans anglais qui radiographient une époque, celles et ceux qui ont aimé les fresques sociales foisonnantes et les portraits de la haute société britannique. Il faut aimer la densité, les nombreux personnages et une progression qui prend son temps : ce n'est pas un thriller expédié, mais une ascension puis une chute observées au microscope. Les amateurs de récits panoramiques seront à la fête.
Pour tirer le meilleur de ces vingt-deux heures, je le réserve aux longues plages d'écoute : les vacances, une série de trajets réguliers, les soirées d'hiver où l'on a envie de s'installer dans une histoire au long cours. Mieux vaut un contexte calme pour savourer l'ironie fine d'O'Hagan et suivre son casting. C'est une lecture ample à déguster sans se presser.